Lire : Alain Brossat, « Peut-on parler avec l’ennemi ? »

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« Ce livre s’interroge sur le statut de l’inimitié politique dans les sociétés contemporaines. Le jeu de ce qui s’auto-désigne aujourd’hui comme ‘’la démocratie’’ consiste à entretenir le déni du conflit et de la division en établissant un régime général de fluidité où toutes les aspérités seraient solubles dans une communication bien réglée. Il consiste à nous convaincre qu’il n’y a que des ‘’partenaires sociaux’’ simplement séparés par des malentendus ou des divergences destinées à s’effacer devant le partage du sens de l’intérêt commun. (…) En proposant une traversée de différentes figures dans lesquelles est posée la question de la relation avec l’ennemi, des pratiques de l’inimitié (...), ce livre tente de faire revenir dans la réflexion politique contemporaine cette question lancinante : sous quelles conditions et à quelles fins pouvons-nous parler avec nos ennemis – ou devons-nous nous abstenir de le faire ? » (note de l’éditeur)

Avec Peut-on parler avec l’ennemi ? Alain Brossat poursuit sa salutaire réflexion, philosophique et politique, autour des notions inlassablement ressassées (car devenues la quintessence du novlang de nos sociétés contemporaines capitalistes néolibérales) que sont la « démocratie » les « droits de l’homme » et la « culture », et, pour faire vite : de tout ce qui est censé faire plus ou moins « évidence » (… s’en méfier, toujours !) et consensus, de la droite à la gauche (« gauche de la gauche » comprise). Il est peu de dire qu’Alain Brossat est un philosophe du dissensus. Appuyant ses travaux dans un dialogue constant avec Michel Foucault (entre bien d’autres), et, pour reprendre ses propres termes, « au-delà » de lui, il est de ceux qui ne ménagent rien ni personne dans la quête d’une pensée et d’une action critique ouvrant de possibles devenirs-révolutionnaires. Autant dire qu’en ces temps de négation de la pensée et de régressions, lire Brossat, dialoguer avec ses recherches est une absolue nécessité. À l’heure ultramédiatique où se vautre la classe politique toutes tendances confondues, et pas seulement en période électorale (de laquelle ­Deleuze disait que « nous [y] sommes depuis longtemps »), il faut conclure avec lui pour nos combats d’aujourd’hui et à venir : « Nous ne communiquons pas avec l’ennemi, nous le combattons. »

Marco C.

Alain Brossat, Peut-on parler avec l’ennemi ?, éditions Noir et rouge, 92 pages, 7 euros.

À lire sur le blog le Silence qui parle un long extrait, et, au sujet du livre, un texte de Joachim Dupuis, Le silence des sirènes.

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