"INSULTE A L'AUTORITE DE L'ETAT" LE PROCES DU JURA LIBERTAIRE

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"INSULTE A L'AUTORITE DE L'ETAT" LE PROCES DU JURA LIBERTAIRE

"INSULTE A L'AUTORITE DE L'ETAT" LE PROCES DU JURA LIBERTAIRE


VENDREDI 14 NOVEMBRE 2014 A 13 HEURES SE TIENDRA DEVANT LA 17E CHAMBRE
CORRECTIONNELLE DE PARIS LE PROCES DU JURA LIBERTAIRE, poursuivi suite
a une plainte pour "injure et diffamation publiques envers la Police
nationale", deposee en juillet 2010 par le ministre de l'Interieur
d'alors. (NB: Brice Hortefeux)


Des l'annonce de la plainte, les medias libres notamment prenaient la
defense d'Indymedia Grenoble et du Jura Libertaire, a l'exemple de
Rebellyon.info:

Que 1000 Jura Libertaire et Indymedia Grenoble fleurissent!

Apres la rehabilitation du delit d'outrage au drapeau la semaine
derniere, le gouvernement poursuit sa mission de reeducation du
peuple et d'instruction des "bonnes manieres". Et contre nos
camarades du Jura Lib et d'Indy Gre, ce n'est pas le RAID ou le GIPN
qu'il envoie comme a la Villeneuve pour leur faire respecter ces
bonnes manieres, mais une plainte pour atteinte a l'honneur (!) de la
police.

Ce lundi 26 juillet, le sinistre Hortefeux a declare la guerre aux
sites d'informations alternatives. Il voulait apparemment donner des
billes aux flics mis en difficulte a Saint-Aignan et a Grenoble ces
deux dernieres semaines: apres avoir par l'intermediaire du
secretaire d'Etat Lellouche souhaite regler "le reel probleme [rom]"
au niveau europeen (tout un poeme), ce sont les medias alternatifs
qu'il a donne en pature a certains syndicats policiers.

Ne daignant pas citer de sa bouche immaculee nos camarades du Jura
Libertaire et d'Indymedia Grenoble (la meme bouche qui a ete
condamnee debut juin pour propos racistes), il a annonce avoir engage
une action pour "injure et diffamation publiques contre la police" a
l'encontre de deux sites Internet.

L'Hortefeux a ensuite bien entendu laisse fuiter grossierement quels
etaient les sites vises: la fuite du ministere, ca permet de gratter
le menton du pisse-copie prepose au copier-coller de la depeche AFP,
ca lui donne l'impression qu'il a une info de premiere main, il
ronronne. Au passage, il recopie la mention "hostiles a la police" de
la depeche AFP redigee en 10 minutes sans verifier ce qu'il en est,
il condamne les "sites anti-policiers" (20 Minutes, Nouvel Obs) ou,
quand il est grand investigateur, il rajoute la mention oulalah, trop
tendue, de la legende d'une illustration en premiere page du Jura
Libertaire ("La police travaille... a l'apartheid social", dans
l'"enquete" de Libe).

Le fait que le pisse-copie soit en train de scier la toute petite
branche sur laquelle il/elle est assis ne l'effleure pas. Mediapart a
deja fait les frais ces dernieres semaines de l'ire de l'Elysee apres
ses revelations sur l'affaire Woerth, mais ca ne l'emeut pas. Si le
pisse-copie-colleur avait fait son taf, il aurait vu en quoi le Jura
Libertaire et Indymedia Grenoble sont reellement hostiles a la police:

- ils ont diffuse des temoignages d'habitant-e-s de la Villeneuve,
qui contredisaient la version policiere (et mediatique, ca va de
soi) (Reaction/analyse d'un habitant de la Villeneuve, Temoignage
d'une habitante de Villeneuve...);

- ils se sont moques de la tournee d'un quart d'heure d'Hortefeux a
la Villeneuve (Hortefeux a Grenoble: chronique d'un non-evenement);

- ils se sont faits l'echo des premieres condamnations apres les
emeutes, non pas en relayant la depeche du Sinistere, mais en
relatant la maniere dont se sont deroules les proces (Recit des
comparutions immediates du 19/07).

Aujourd'hui, pour un media, etre dans la ligne de feu d'Hortefeux est
un signe de qualite. Pas besoin de label, juste d'une poursuite
judiciaire. Nous sommes tres fiers de la decoration remarquable que
viennent de recevoir nos camarades et nous nous engageons bien sur a
les aider par tous les moyens a continuer leur oeuvre.

Des membres du collectif d'animation et de moderation du site d'infos
participatif Rebellyon – 27 juillet 2010

P.-S.: Cela dit, peut-etre le Jura Libertaire et Indymedia Grenoble
sont-ils hostiles a la police autant que nous le sommes: hostiles aux
humiliations quotidiennes, aux 500'000 gardav' par an, aux cowboys de
la BAC, aux controles d'identite cinq fois par jour au pied de ton
immeuble, aux tentatives de te faire craquer par des petites insultes
bien senties, aux flash-balls qui defigurent et aux Tasers qui
peuvent tuer, a l'assassinat de tout "voyou" (une pensee pour Umut)
ou au facies, au GIPN et au RAID qui te visent a la lunette toi et ta
famille quand y'a du bordel dans le quartier, et puis a la Justice
evidemment qui t'envoie au trou pour rien. Ça nous parait etre un
signe de bonne sante. Pas vous ?

References pour pas dire qu'on ecrit n'importe nawak:
- Libe
- 20 Minutes
- mention speciale a LeMonde.fr qui a reussi a placer "la branche
grenobloise d'Indymedia", jolie evocation d'une vision terroriste des
medias libres.

Plus de quatre annees ont passe entre la bataille de La Villeneuve et
celle du Testet. Force est de constater desormais que, si le
journaliste et le politique sont les etres les plus meprises en France,
le flic, lui, est le plus universellement hai.

La police travaille. Et c'est dans la foulee d'une nouvelle
perquisition visant le JuraLib' qu'intervient ce proces. Le 24
septembre dernier en effet, sous pretexte de rechercher les auteurs
d'un texte antinucleaire (Sabotage Bessines... coucou c'est nous! paru
le 5 avril 2014 sur le JL), et sur la seule foi des dossiers montes
de-ci de-la a l'encontre du JL, la section de recherches de la
gendarmerie de Limoges, lors d'une descente dans le Jura et dans le
Doubs, a saisi trois innocents ordinateurs.

Est-ce a dire que, bien qu'en sommeil ces derniers mois, le Jura
Libertaire demeure une cible de la censure et de la repression? Quoi
qu'il en soit, a l'heure ou "1000 Jura Libertaire et Indymedia Grenoble
fleurissent" effectivement partout, sur papier, sur les ondes, sur la
Toile et, en premier lieu, dans toutes les tetes, les bandes armees de
criminels et leurs annexes spectaculaires-mafieuses n'auront pas assez
de telles "analyses de textes" pour se defaire des forces
revolutionnaires multiples qui s'agitent et s'emploient avec
consequence a faire reculer la police et son monde.

Le Jura Libertaire – 7 novembre 2014

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L'article poursuivi:

La police travaille a Grenoble (Le Jura Libertaire, 18 juillet 2010)

Les nuits dernieres dans le quartier Villeneuve

Dans la nuit de jeudi a vendredi, deux hommes soupconnes d'avoir
participe au braquage du casino d'Uriage sont pris en chasse par la
police, des coups de feu sont echanges. Ils sont finalement rattrapes
par la police Galerie de l'Arlequin. L'un d'eux parvient a s'enfuir.
L'autre s'ecroule, mort, une balle dans la tete, a quelques metres de
chez lui.

Pendant le reste de la nuit, les flics se prennent toutes sortes
d'objets volants plus ou moins identifies en provenance des immeubles.
Selon le Daube, fait odieux, des menaces de mort sont meme lancees a
l'intention des fonctionnaires. Un helico depeche de la region
lyonnaise tourne et balaye le quartier de son projecteur.

Vendredi matin le quartier est boucle pour que des perquisitions
puissent avoir lieu Galerie de l'Arlequin. Les flics se protegent entre
eux: la BAC protege ceux qui perquisitionnent, les gendarmes mobiles
protegent la BAC, etc.

Vendredi soir, la colere s'est encore exprimee. Des dizaines de caisses
ont brule, le tram et ses arrets ont ete caillasses, et des projectiles
ont encore pris leur envol en direction des policiers, qui restaient
stationnes aux alentours de l'avenue Marie Reynoard, sans oser avancer
plus. Vers quatre heures du mat', l'helico encore present quittait les
lieux et ca semblait se calmer un peu.

Ce samedi matin, sur Rance Info, seuls les temoignages de personnes
pleurant leur voiture calcinee sont diffuses. Une journaliste de Rance
Bleu Isere nous affirme meme que "tous les habitants le disent: ce soir
ils restent cloitres chez eux car ils craignent de nouvelles
echauffourees".

Ce n'est pas ce que j'ai vu hier soir: de nombreuses personnes ne
participant pas directement aux affrontements etaient dehors jusqu'a
tard dans la nuit, manifestement du cote des jeunes en colere, visant
l'helico avec un lance-roquette imaginaire.

Dans les medias, le discours dominant distille l'idee que la mort du
jeune homme etait meritee. Il faut bien que tout le monde comprenne que
si on pense a prendre la thune la ou elle est, c'est une balle dans la
tete et c'est normal. Jean Philippe, procureur de la republique de
Grenoble, parlait hier de "truand" et disait dans le micro que "les
victimes principales de cet incidents sont les policiers".

Pendant ce temps-la, chez les Bettencourt-Sarkozy-UMP, on continue de
brasser illegalement des millions sans trop risquer une balle perdue.
Ce qui s'est passe a la Villeneuve n'est pas une bavure, c'est
l'expression limpide d'une justice de classe.

Nuit de samedi-dimanche

Entre minuit et une heure nous avons fait un petit tour en voiture dans
Grenoble. Resultat:

- Gros deploiement place Felix-Poulet (10 fourgons). Flics decontractes.

- Enormes deploiements aux entrees de la Villeneuve. Helico dans les
airs. On est passe dans la rue qui separe le quartier de la Bruyere
et on n'a pas ete decus. Une centaine (a la louche) de flics rien que
sur cet axe. Fouille de toutes les voitures sans trop de politesse.
Plusieurs groupes avec boucliers aux alentours de l'arret de tram,
comme si ils n'etaient pas entres dans la galerie de l'Arlequin.

Indymedia Grenoble, 17 juillet 2010

"Dix-neuf personnes etaient en garde a vue dimanche en fin de matinee a
Grenoble apres les violences de la nuit de vendredi a samedi dans le
quartier populaire de la Villeneuve, a annonce la police."

Leur presse (Reuters), 18 juillet

Hortefeux a Grenoble: chronique d'un non-evenement

Apres une nuit d'emeute dans le quartier de la Villeneuve, le ministre
de l'Interieur, Hortefeux, etait attendu dans l'apres-midi a Grenoble.
Les medias l'avaient annonce ce matin (17 juillet). France Info, au
reveil, faisait du fait-divers sanglant de la veille un de ses plus
gros titres. Deux jours que Grenoble est le centre de l'attention
mediatique apres un braquage de Casino qui s'est conclu par la mort
d'un jeune de la Villeneuve, abattu d'une balle dans la tete par la
police. Cette fois encore, le ministre decide de se deplacer pour
annoncer qu'il va retablir "l'ordre public et l'autorite de l'Etat", et
augmenter les effectifs de flics. Rien de surprenant, ni de tres
interessant. Mais au fond, le deplacement du ministre de l'Interieur
sur les lieux d'une emeute ca vaut quand meme le coup d'oeil. Un
spectacle politico-mediatico-policier, a deux pas de chez vous!

14h. Commissariat de Grenoble. Le ministre et sa delegation viennent
d'arriver. Des berlines, des costards, des oreillettes et du bleu
partout: gendarmes, nationaux, CRS, GIPN, BAC, civils... On sent la
tension et le poids des regards pas tres bienveillants. Une meute de
journalistes precedes de costards-cravates se dirige d'un pas decide
vers l'entree du comico. J'apercois Michel Destot, maire de Grenoble,
et, semble-t-il, Albert Dupuy, prefet de l'Isere. Je gare mon velo et
je les suis.

Dans le hall du comico, ca bouchonne. Une grosse quinzaine de
journalistes dont huit cameramen. Des politicards locaux, dont Destot
et De San Nicolas (UMP). Quelques curieux. Le public habituel d'un
commissariat. Et bien sur des flics, en pagaille! Les gros bras de la
BAC deboulent au trot arborant de beaux gilets pare-balles. Ils
s'arretent pour serrer la paluche des huiles de la prefecture et de la
mairie. Quelques echanges d'amabilites. A les voir parader et etre
salues en vrais heros, on en oublierait presque que la BAC est une
bande (armee) de criminels. Il y a deux nuits, l'un d'eux a tire (a la
tete) pour tuer du delinquant. Ça a marche. Un des deux presumes
braqueurs est mort pour quelques euros derobes dans un lieu ou se
pratique tous les jours du racket legal (un casino). Sans doute
sera-t-il blanchi pour ce crime? L'IGPN, le service d'inspection de la
police nationale (aussi appele "Police des polices"), dont la
principale fonction est de couvrir les poulets qui assassinent a deja
pondu son rapport. Verdict: legitime defense.

14h15. Les journalistes restent sur le qui-vive, le ministre peut
paraitre a tout moment. Ça serait balo de manquer une bonne image. Deux
dames, la soixantaine, m'interpellent. Elles veulent savoir s'il sera
possible de parler au ministre. Elles ont des choses a lui dire. Dans
leur quartier (Europole), les voitures brulent aussi et "il faut faire
quelque chose". Quelques minutes plus tard, je les vois avec Destot,
suintant la demagogie, qui les encourage a aller faire leurs doleances
aupres de son sbire. "Vincent, ces dames me disent qu'elles ont vu des
voitures bruler derriere Europole, prenez note!" Je me renseigne aupres
des journalistes: "Quel est le programme?" "Le ministre doit se rendre
a la Villeneuve et puis apres a la Prefecture ou il y aura un point
presse." J'apprends alors que la plupart des journalistes n'ont pas
trop a se preoccuper du parcours puisqu'une belle estafette jaune (VFD)
avec chauffeur a ete mise a leur disposition. Les journalistes sont
gracieusement pris en charge par les responsables du protocole. Tels
des touristes en mode safari photos, ils n'ont qu'a grimper dans
l'estafette qui les conduit sur les lieux des emeutes. Un journaliste
de dire quand meme, mi-cynique, mi-fataliste: "on est embedded" (en
reference aux methodes d'enregimentement des journalistes utilisees en
Irak par l'armee americaine).

14h30. Direction Villeneuve. La voiture du ministre et toute son
escorte arrivent dans le quartier. Ouvrent la marche, les vehicules du
GIPN, dont un veritable fourgon blinde (type fourgon de la Brinks) noir
avec les lettres GIPN peintes en jaune. Du lourd! Une halte d'une
dizaine de minutes au commissariat du quartier. Devant les cameras, et
sous haute protection, le ministre fait quelques metres derriere le
comico pour constater furtivement les traces des affrontements. Postes
devant le comico, nous ne voyons pas ce qui se passe derriere. Nous
l'apprendrons par le reportage de France 3. A sa sortie du comico,
toute la petite troupe s'affaire autour du ministre pendant qu'un
photographe (de la police!?) nous prend ostensiblement en photo. Breves
declarations et toute la petite troupe saute dans les vehicules et se
met en mouvement pour aller... quelques dizaines de metres plus loin,
rue Marie Reynoard. Nouvelle halte... de 2 minutes cette fois. Une
voiture de la BAC se poste sur le parking essayant de faire croire
qu'ils securisent les lieux. Et hop tout le monde en voiture. Direction
la Prefecture. Les quelques habitant.e.s du quartier present.e.s n'en
reviennent pas. "A quoi ca rime tout ca?" "S'ils veulent venir parler
aux gens d'ici, c'est la-bas (montrant le coeur du quartier, galerie de
l'Arlequin) qu'il faut aller." "Ça ne peut qu'attiser la colere." Les
medias parlent de "visite-eclair". On peut en effet difficilement faire
plus court.

La conference de presse a mis un terme a tout ce cirque. Le ministre
est venu, mais il ne s'est rien passe a Grenoble aujourd'hui. Un
non-evenement, majeur. Mais une belle operation de communication,
savamment orchestree. L'occasion de mettre une nouvelle couche de
discours securitaire. L'occasion pour le ministre de la police de
temoigner tout son soutien a ses troupes d'assassins. L'occasion
inesperee pour Destot de vendre son "Grenelle de la securite urbaine"
qu'il reclame depuis un moment. Et l'occasion pour les flics de se
poser en victimes, attaques par des gens qui utilisent des armes a feu
avec l'intention "de tuer du policier", comme le dit Brigitte Julien,
directrice departementale de la Securite publique. Chose nouvelle a
Grenoble que l'usage d'armes a feu dans les emeutes urbaines. Certes.
Mais a la difference des flics, les "voyous", comme aime a les appeler
Hortefeux, n'ont eu que l'intention de tuer. Les flics, eux, ont non
seulement eu l'intention de tuer, mais ils tuent. Dans la nuit de jeudi
a vendredi, ils ont tue. Reste donc encore un peu de chemin a faire aux
voyous pour egaler les performances des policiers. Ils pourront alors
peut-etre eux aussi essayer de passer pour des victimes. Mais ce n'est
pas gagne!

Indymedia Grenoble, 18 juillet

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