Des fronts anticapitalistes, pour quoi faire ?

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Des fronts anticapitalistes, pour quoi faire ?

L’idée de front consiste à créer des cadres unitaires (collectifs, réseaux, coordinations assemblées, peu importe la dénomination, il ne s’agit pas d’une marque déposée) dans les villes et les quartiers fédérant toutes celles et ceux qui veulent riposter globalement aux attaques du gouvernement et du Medef, qu’ils/elles soient organisé-e-s ou pas et qui souhaitent le faire sur une base anticapitaliste.

Face à la gravité et à la multiplicité des attaques, il convient d’éviter la dispersion et de construire partout des regroupements souples ayant pour vocation de répondre globalement à ces attaques.

Les mauvaises langues peuvent y voir des structures fourre-tout, mais en réalité, c’est la seule façon d’éviter la division des forces, la dispersion qui fait le jeu du gouvernement et c’est un moyen d’être plus réactif-ves afin d’éviter la concurrence entre mobilisations sur des fronts de lutte qui gagneraient à converger. C’est donc le gage d’une plus grande efficacité. L’idée de résistance anticapitaliste permet de mettre en avant l’idée d’opposition frontale à la politique capitaliste. Mais elle permet aussi de nommer clairement une politique qui fait système et donc d’identifier précisément son caractère de classe.

Quels fronts anticapitalistes pour quels objectifs ?

Organe de résistance, de soutien et de popularisation des luttes, le front anticapitaliste se bat aussi pour une alternative anticapitaliste et, nous l’espérons, autogestionnaire à la société actuelle.

Cela signifie que le front anticapitaliste est un lieu de débat visant à populariser des mesures d’urgence, mais aussi des mesures transitoires, notamment à partir d’actions de réquisition (de logements vides, d’embauches, d’entreprises qui licencient, qui ferment), de récupération et de redistribution des richesses. Il vise aussi à favoriser le développement de l’éducation populaire en réintroduisant la politique dans les quartiers (par exemple via des cafés politiques, des cinémas alternatifs ou des lieux de contre-culture) et en encourageant le développement de projets faisant le lien entre les dimensions sociale et politique de l’éducation populaire.

C’est donc un lieu de débat et d’action qui met la question de la transformation de la société au cœur de ses démarches. Le front anticapitaliste peut être dans toutes les villes le lieu de convergence entre militant-e-s politiques et militant-e-s des mouvements sociaux, ainsi qu’avec celles et ceux qui ne sont pas organisé-e-s. Il ne s’oppose pas au front social qui résulte de la convergence des structures d’auto-organisation et des organisations sociales (syndicats, associations, réseaux), mais le complète. Et c’est un outil délimité stratégiquement, ayant vocation à incarner une force résolument extraparlementaire, un premier pas dans la construction d’un mouvement autogestionnaire large.

Nous n’y voyons là ni une panacée, ni une fin en soi, mais une formule suffisamment souple pour faire vivre l’unité dans la diversité et le pluralisme avec toutes celles et ceux qui se battent contre l’oppression de classe, de genre et le racisme et militent pour l’émancipation sociale et politique.

Ce cadre unitaire sera ce que les un-e-s et les autres en feront, il peut, s’il s’inscrit dans la durée et grâce à la pratique, atténuer la méfiance, lever des incompréhensions et favoriser des débats politiques constructifs. Il peut permettre aux militant-e-s de construire des outils de lutte et d’auto-organisation favorisant le développement de la conscience politique et de mobilisation de masse, ce qui est essentiel pour faire reculer la résignation ambiante qui conforte les bureaucraties politiques et syndicales, mais aussi la détermination du capital.

Il s’agit également d’un outil servant à favoriser des décantations politiques et aussi l’émergence d’un courant politique qui regroupera ce qu’il y a de meilleur dans le courant libertaire lutte de classe, le marxisme révolutionnaire, l’écologie et le féminisme. Mais il peut également dans une phase de radicalisation politique aider à l’émergence d’assemblées populaires intégrant aussi bien les courants politiques et sociaux que tous les secteurs de la population opposés au système capitaliste à l’instar de ce qui a pu se passer ces dernières années ailleurs dans le monde (Chiapas, Kurdistan...).

Quelle qu’en soit la forme politique, il s’agit bien de construire une force extraparlementaire qui se donne les moyens d’avoir une audience de masse et incarne d’autant plus une alternative anticapitaliste, révolutionnaire et autogestionnaire qu’elle s’appuie essentiellement sur des luttes et des contre-pouvoirs autonomes.

La construction d’un front anticapitaliste

Défendre une orientation stratégique ne consiste pas à la défendre de façon essentiellement propagandiste, à moins de vouloir réduire la politique à une forme de discours incantatoire.

La première tâche vise à construire partout où cela est possible des fronts anticapitalistes, non pas seul-e-s mais en associant d’autres forces et personnes favorables à cette démarche, avec l’objectif qu’il ne s’agisse pas d’un simple cartel d’organisations.

Si nous entendons travailler avec des militant-e-s et des forces qui par ailleurs peuvent être amenées à participer à des échéances électorales, la démarche de front anticapitaliste est incompatible avec une démarche de type électorale. Et donc c’est en dehors de ce cadre que celles et ceux qui font ce choix pourront lui donner libre cours.

Enfin, le front anticapitaliste ne saurait être le lieu d’une recomposition ou de la construction d’une nouvelle organisation politique auxquelles peuvent légitimement prétendre certaines organisations. Si à terme la fédération sur le plan national de ces fronts locaux sera un enjeu, il est inenvisageable, aux vues de l’état actuel de l’extrême gauche, d’espérer créer une nouvelle organisation politique en laissant de côté la majeure partie des anticapitalistes.

Nous ne partons pas de zéro. Dans plusieurs villes, de premiers contacts ont été pris et des fronts sont déjà constitués. C’est en s’appuyant sur les réussites, mais aussi en prenant la mesure des difficultés d’une telle démarche que nous devons aujourd’hui contribuer à amplifier le mouvement.

Pour arriver à construire un front anticapitaliste, il faut que chaque organisation à l’impulsion ait le souci constant d’améliorer les relations entre les forces anticapitalistes et révolutionnaires en agissant en vue de dégager des convergences sans nier les divergences, mais sans figer les débats sous prétexte de divergences.

Il ne s’agit pas d’avoir l’obsession de marquer un camp politique, ce qui peut déboucher sur une attitude sectaire, mais au contraire de ne pas se braquer face aux débats que chacun souhaite porter. Alternative libertaire entend ainsi réaffirmer sa volonté de construction d’un courant communiste libertaire non sectaire, attaché au pluralisme et rejetant toute forme de dogmatisme.

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