Industrie : Une bonne dose de radicalité

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Industrie : Une bonne dose de radicalité

Depuis plus d’un an, la loi dite de « sécurisation de l’emploi » a entraîné de nombreuses régressions sociales, puisqu’elle permet au patronat de licencier plus facilement tant sur la forme que sur le fond. Pour autant, les mobilisations locales ne faiblissent pas et prennent parfois des formes plus radicales et collectives.

Les suppressions d’emplois ont été facilitées par une double tendance lourde. D’une part, législateur y participe, notamment via la loi dite de « sécurisation de l’emploi ». D’autre part, le chantage permanent à l’emploi incite les organisations syndicales à négocier des reculs sociaux face aux attaques subies par les salarié-e-s. La hiérarchie des normes est remise en cause par des accords entre l’État, le patronat et les organisations syndicales, qui sont ensuite traduits en lois. Cela n’a d’autre but que de placer la « négociation collective », et donc le rapport de forces entre patronat et salarié-e-s, dans la disposition où il est le moins favorable à ces derniers.

Les différentes lois qui se sont succédées depuis des années, le matraquage idéologique sur le « coût du travail » (sans jamais aborder la question du coût du capital) et la durée du temps de travail – avec les annonces du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qui veut « assouplir » les 35 heures – prennent sens dans une stratégie globale des capitalistes.

Celle-ci vise à casser tout affrontement et diviser durablement les travailleurs et les travailleuses. Remplacer la lutte des classes par une sauvegarde des intérêts interclassistes – ou du moins donner l’impression que ces derniers existent – doit forcément passer, d’un point de vue patronal, par une casse du syndicalisme de lutte et des institutions représentatives du personnel. Ce faisant, une telle stratégie vise également à plonger les salarié-e-s dans un défaitisme et un climat durable de fatalisme. Est-ce pour autant la fin des luttes ?

Grèves reconductibles et blocages

C’est dans une phase particulière du capitalisme que se déroulent nos luttes : celle d’un refus de tout compromis qui pousse indéniablement à casser et réprimer les mouvements d’un côté, mais peut aussi ici et là produire l’inverse. C’est le cas notamment en ce moment dans deux entreprises très symboliques en lutte.

La première, Ogura, est un sous-traitant de l’automobile situé dans le Nord-Pas-de-Calais. L’entreprise compte moins de 100 salarié-e-s, et annonce encore plusieurs vagues de licenciements. Le syndicat majoritaire depuis les dernières élections, SUD-Industrie, n’a pas lésiné pour construire le rapport de forces : communication régulière auprès des salarié-e-s, débrayages réguliers, première action coup de poing avec les équipes syndicales des constructeurs automobiles le 21 novembre qui aura bloqué la zone industrielle sur la journée.

Et préparation d’une grève reconductible avec un mot d’ordre simple mais efficace : l’occupation de l’usine tant que les suppressions d’emploi ne seront pas annulées !

La même rage, qui repose sur le long travail réalisé par les équipes syndicales CGT et SUD de l’industrie dans une entreprise près du Mans, LTR, nourrit une grève depuis la mi-novembre pour empêcher tout licenciement.

Ici encore, des mots d’ordre auparavant délaissés ont été remis à l’ordre du jour : « Il n’y a aucune discussion possible avec la direction, le comité d’entreprise ne peut plus réellement retarder les licenciements, et le gouvernement a donné carte blanche au patronat. Que faire d’autre que d’utiliser des moyens d’actions plus radicaux, et de tout bloquer ? » analyse l’un des animateurs de la grève.

Ni l’assignation en justice, ni les menaces de la direction n’ont pour l’instant affaibli le mouvement. Et les caisses de grève, symboles d’une solidarité réellement efficace, se remplissent petit à petit. Ici et là, de nombreux salarié-e-s ne croient pas ou plus au « dialogue social », et se rendent compte que l’affrontement est inévitable.

Unification concrète

D’un côté, le patronat et le gouvernement expliquent que les luttes n’auraient plus lieu d’être. Or elles continuent bel et bien, avec une intensité toujours aussi présente, voire croissante, si l’on en juge par les modes d’action choisis.

De l’autre côté, certains partis politiques en appellent à la convergence des luttes comme s’il suffisait de le répéter pour qu’elle existe, oubliant au passage les raisons qui ont poussé les salarié-e-s à s’en désintéresser, notamment le rapport de ces mêmes partis au mouvement social (volonté de contrôle, déconnexion, jeux électoralistes...).

L’unification concrète des différentes luttes doit trouver un écho encore plus fort au moment même où une partie du patronat défile dans la rue. L’enjeu est non pas de définir un catalogue sans fin de revendications qui ne touchera qu’un public militant, mais bel et bien de mettre en avant quelques revendications de transformation sociale, partagées, qui permettent un mouvement large par et pour les travailleurs et les travailleuses, autour de la question centrale qui reste l’emploi.

Dès maintenant, cette idée d’une plateforme courte et parlante de revendications doit être débattue, loin des considérations politiciennes, comme un horizon obligatoire pour transformer des luttes locales pleines d’énergie en un mouvement national.

RoberK (AL Montreuil)

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