Haydée Sabéran, « Bienvenue à Hénin-Beaumont »

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Haydée Sabéran, « Bienvenue à Hénin-Beaumont »

Dès avant le second tour des élections municipales, Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, 27 000 habitants, est tombée aux mains du FN. Ce qui est certain c’est que le fascisme « soft » du « nouveau FN » marinisé irriguait d’ores et déjà la ville d’Hénin-Beaumont. Il faut lire le livre d’Haydée Sabéran, correspondante du quotidien Libération à Lille, qui s’est immergée dans la vie des héninois-e-s. Bienvenue à Hénin-Beaumont, reportage sur un laboratoire du Front national, raconte en un peu plus de deux cents pages ce qu’ont laissé de côté les médias télés, obnubilés par la législative « choc » de 2012 et le duel Le Pen/Mélenchon. L’envers du décor, c’est la dislocation des repères d’une classe ouvrière héninoise qui a longtemps vécu de la mine et de l’acier et qui subit de plein fouet la désindustrialisation sauvage.

L’envers du décor, c’est aussi un FN tissant patiemment sa toile, au centre de laquelle l’ancien mégrétiste Steeve Briois est maître. Depuis sa première campagne municipale, en 1995, il laboure le terrain : du quadrillage des quartiers aux vides greniers en passant par les bals des « anciens », le FN est désormais partout chez lui. Les turpitudes des caciques socialistes locaux est un autre terreau sur lequel prospère le parti fasciste. L’ancien maire, Gérard Dalongeville, emprisonné neuf mois (et candidat aux municipales !) a dilapidé l’argent de la commune pour assoir son népotisme. Avec 23 % des foyers bénéficiaires du RSA et un taux de chômage de près de 18 %, la population, essorée et éc ?urée, n’en est que plus sensible aux sirènes du « tous pourris ». Enfin, le racisme a progressivement distillé son poison. Les Rroms, particulièrement, en sont victimes. Haydée Sabéran rappelle le temps où il n’avait pas prise, parce qu’à Samsonite, à Metaleurop, il y avait la solidarité de classe face au patron. Sauf qu’il n’y a plus ni Samsonite ni Metaleurop à Hénin-Beaumont. Il y a bien cet « autre Hénin-Beaumont » que nous incite à voir l’auteur : celui qui se retrouve au bar-Kébab Le Shannon pour boire un verre loin des fachos. Mais on a du mal à oublier cet ancien délégué CGT qui avoue avoir voté Mélenchon au premier tour et Le Pen au second. Comme on a du mal à oublier qu’en 2003 encore Briois se faisait virer des usines par les syndicalistes, alors qu’aujourd’hui il y tracte à l’entrée et qu’on lui sourit. Il reste à prendre toute la mesure de la leçon d’Hénin-Beaumont : voilà un livre qui peut nous y aider.

Théo Rival (AL Orléans)

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